
À San Francisco, dans le quartier de Yerba Buena, le bâtiment du Contemporary Jewish Museum (CJM) était fermé au public depuis plus d’un an. Il y a quelques jours, l’institution a finalement annoncé sa mise en vente.
Le bâtiment, inauguré le 8 juin 2008, a été conçu par Daniel Libeskind, également auteur du Jewish Museum de Berlin. La conception repose sur l’expression hébraïque « L’Chaim » (« À la vie »), dont il décline les lettres « chet » et « yud ». Le « Yud », volume bleu percé de 36 fenêtres en losange, accueille des espaces d’exposition, des installations sonores et des événements. Le « Chet » regroupe le hall d’accueil, les espaces éducatifs et une partie des galeries. L’ensemble s’étend sur 6 000 m².
Le bâtiment pèse sur l’équilibre financier de l’institution. Le CJM, sans collection permanente, doit assurer l’exploitation d’un édifice de grande ampleur, conçu pour des expositions temporaires, des programmes éducatifs et des événements, et reposant sur des équipements techniques lourds — climatisation, sécurité, éclairage, maintenance de la structure métallique. L’ensemble génère des coûts de fonctionnement et d’entretien élevés.
Les données financières font apparaître un déficit de plus de 5,9 millions de dollars (5 millions d’euros), alors que ses recettes ne couvrent pas ses dépenses. Les dons, issus de fondations, de donateurs individuels et de la communauté juive locale, ne suffisent plus à financer le personnel, les programmes, la maintenance de l’édifice et le remboursement du prêt de construction. Contracté à l’époque de l’inauguration, ce prêt représente environ 1,5 million de dollars (1,3 million d’euros) de charges annuelles, soit une part significative du budget de fonctionnement global.
Le CJM avait fermé ses galeries au public en décembre 2024, pour une durée annoncée d’au moins un an. Le musée entreprend alors une réduction progressive de son personnel, environ deux tiers des 30 employés étant concernés, afin de ramener son budget de fonctionnement de 7,5 à 3 millions de dollars (6,5 à 2,5 millions d’euros). Mais aujourd’hui la décision est prise de vendre le bâtiment du 736 Mission Street. Le CJM présente cette mesure comme « stratégique », visant à dissocier l’institution d’un édifice devenu « au-delà de sa capacité » à être financé. L’institution reste floue sur son avenir : un lieu plus modeste ? la programmation d’expositions dans des lieux partenaires ? Un soutien aux artistes ?