
Le héros des Trois Mousquetaires, popularisé par Alexandre Dumas, pourrait correspondre à un officier dont la sépulture, datée du XVIIᵉ siècle, vient d’être découverte à Maastricht, aux Pays-Bas. En février, dans l’église Saint-Pierre-et-Saint-Paul du village de Wolder, un affaissement du sol a révélé, sous le dallage de la nef, un squelette presque complet. Il pourrait s’agir de Charles de Batz de Castelmore, dit d’Artagnan.
Le mousquetaire est mort le 25 juin 1673, lors du siège de Maastricht, pendant la guerre de Hollande. Capitaine-lieutenant des mousquetaires de Louis XIV, il est tué au combat. Il est vraisemblablement atteint par un tir de mousquet à la poitrine ou à la gorge, alors qu’il conduit une attaque près des remparts, à proximité de la Tongersepoort, ancienne porte de la ville. Son corps n’est pas rapatrié en France. Comme d’autres officiers morts en campagne, il est inhumé sur place, dans la paroisse catholique la plus proche du champ de bataille, en l’occurrence à Wolder, où se trouvait le camp royal.
À partir des années 2000, l’historienne Odile Bordaz reconstitue la topographie du siège et situe le camp français à proximité immédiate de Wolder. Elle avance que l’église du village a pu servir de lieu d’inhumation. L’absence de mention dans les registres paroissiaux est compatible avec des pratiques d’enterrements rapides en temps de guerre, sans inscription ni cérémonie formelle. En 2008, en croisant des archives militaires françaises et néerlandaises, elle désigne cette église comme site plausible. Ses travaux se heurtent toutefois au scepticisme du diocèse et à l’absence d’investigations archéologiques.
En 2023, une tentative de prospection géophysique financée par des fonds privés, avec le concours de l’archéologue Wim Dijkman, qui travaille sur la question depuis près de trente ans, et d’une société de production audiovisuelle, avait été annulée par le conseil paroissial peu avant sa mise en œuvre.
La découverte est fortuite. L’ouverture du plancher révèle une tombe maçonnée située à l’emplacement de l’ancien autel principal, zone traditionnellement réservée à des sépultures de haut rang. Le diacre Jos Valke est immédiatement alerté. Une fouille d’urgence est menée sous la direction de Wim Dijkman.
Les éléments matériels sont significatifs. Des fragments de plomb oxydé sont observés au niveau de la cage thoracique, compatibles avec l’impact d’une balle de mousquet. Des pièces françaises du XVIIᵉ siècle sont également retrouvées, dont au moins une datée de 1660.
Le squelette a été transféré dans un institut archéologique à Deventer pour analyses. Des prélèvements, notamment dentaires, ont été envoyés à Munich afin d’extraire un ADN ancien et de le comparer à celui de descendants de la lignée de Batz de Castelmore. Parallèlement, des analyses anthropologiques doivent préciser le sexe, l’âge au décès, la stature et d’éventuels traumatismes, afin de vérifier la compatibilité avec le profil attendu d’un officier d’environ soixante ans.
Cette convergence d’indices ne permet pas, à ce stade, d’établir une certitude. Aucun élément nominatif n’a été retrouvé dans la tombe. L’hypothèse d’un autre officier français de rang comparable demeure. De même, la dégradation inévitable de l’ADN ancien pourrait limiter la portée des comparaisons génétiques.
Dumas ne s’est pas inspiré directement des archives sur Charles de Batz de Castelmore. Il a surtout puisé dans les Mémoires de M. d’Artagnan de Gatien de Courtilz de Sandras, publiés au début du XVIIIᵉ siècle et conservés à la BnF. Ces Mémoires sont déjà une version largement romancée du vrai d’Artagnan. Le d’Artagnan historique, celui de Courtilz et celui de Dumas ont plusieurs traits communs, même si ce sont trois figures distinctes.